La grande évasion

La grande évasion

«Le vrai voyageur ne sait pas où il va» (proverbe chinois*).

Ça tombe bien, la fonction GPS n’a pas été intégrée à mon ADN lors de ma conception. Je suis donc une vraie voyageuse anatomiquement parlant. Ne comptez pas sur moi pour vous aider à trouver votre chemin en pleine steppe mongole. Encore moins vous indiquer le changement le plus rapide à Châtelet pour rentrer chez vous. Je suis une vraie parisienne : sans aucun sens de l’orientation ni permis de conduire. Et j’y tiens ! Pas très rassurant je vous l’accorde. Mais j’y travaille. Un peu. J’ai compris la semaine dernière que je faisais un détour de 5 minutes pour rejoindre mon boulot au lieu de couper par une petite rue sur le côté. D’où je viens, cette rue est en sens interdit et je me déplace en scooter. Après l’avoir garé, j’ai inconsciemment réfléchi comme si j’étais encore à moto et donc pris la rue où j’avais le droit de rouler. Avec mes pieds. Blondasse va.

Mais j’imagine que ce qu’a voulu dire notre penseur chinois, c’est que celui qui sait vraiment voyager ne se contrarie pas de savoir si son avion sera à l’heure, si le temps sera clément, s’il faut prévoir plutôt des maillots de bain ou des Kway et si les moustiques seront tigres ou panthères. Il se laisse porter par le plaisir de se rendre dans un lieu qui lui est inconnu. Le trajet est alors d’autant plus savoureux.

Autre style, autre ambiance, voyager selon la définition du Larousse, c’est : « action de se rendre ou d’être transporté en un autre lieu ; trajet ainsi fait »; autrement dit, vos heures d’attente, d’angoisse et de proximité avec les aisselles de votre doux voisin dans les transports en commun pour vous rendre à votre lieu gagne-pain constitue déjà en soi, un voyage. Vous vous rendez à votre cours d’aquabiking tous les vendredis à 18H ? Vous voyagez ! Et d’un coup ça fait sacrément relativiser sur l’apparente monotonie de notre quotidien.

Au vu de l’état actuel de mes finances, j’ai une petite préférence pour la définition de notre cher Confucius* : « Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même ». C’est beaucoup plus économique et tu peux faire ça n’importe où, ça prend 1 seconde.

« A chaque fois que vous vous retrouvez à penser comme la majorité des gens, faites une pause, et réfléchissez » (Marc Twain)

Blague à part, la vie en elle-même est déjà un sacré voyage, tortueux, planté de décors mouvants, perméables aux sentiments et aux humeurs changeantes qui conditionnent notre perception de l’environnement : faites-vous larguer en bas de la Tour Montparnasse et vous allez rayer pendant un bout de temps les voyages en Bretagne de votre agenda ! Des montagnes émotionnelles, des tempêtes de stress, de colère ou d’appréhension mais aussi des moments de grâce, de partage et d’amour (Sing Alleluia!) : la vie est un voyage intérieur. Mais parfois, souvent même, ce voyage ne suffit pas et il faut alors sortir des frontières de ses habitudes de vie et de confort et aller chercher un autre chose, ailleurs.

On a tous un élément déclencheur qui nous indique que le moment est venu de faire un break et s’évader, pour un week-end, un mois ou parfois plus. Mon signal, c’est quand mon cerveau ne relève plus certains propos douteux exprimés par ma voisine sur le mariage gay. Il est alors grand temps de prendre mes flips et mes flaps et aller voir ailleurs ce qu’il s’y passe.

Le voyage commence au rayon guides touristiques de la Fnac

Une fois le billet réservé (et le stress de la transaction bancaire passé), il est temps d’en savoir un peu plus sur la destination choisie. Premier kiff. Premier faux pas. Tu viens pour acheter le guide touristique de Rome et tu repars en plus avec celui de Stockholm et de Copenhague. La faute à l’éditeur, la couverture était trop belle. Rien que de l’avoir entre les mains, tu commences à penser smørrebrød et autre spécialités nordiques. Tu t’imagines dans les bras d’un descendant viking qui ferait la peau à tous ces petits péteux parisiens d’1M75. Et parce que c’est un sacrilège de ne pas essayer de découvrir cette belle langue qu’est l’italien, tu achètes un guide de conversation de poche, histoire de montrer qui c’est la madre. Quarante euros plus tard tu te sens déjà comme Audrey Hepburn dans Vacances Romaines.

H-5

Le départ approche. Il est temps de régler l’heure du réveil à 4H41 histoire de grappiller un maximum de sommeil; à cette heure-là, c’est pas du luxe. Tu as prévu une valise cabine pour gagner du temps à l’enregistrement et surtout à l’arrivée, quand tu seras pressée de déguster ton premier cappuccino sur la Piazza del Popolo. Avec les cernes jusqu’aux orteils vu que tu auras dormi 2H. Tu n’as jamais pris autant de plaisir à mettre ton réveil, mais pris entre le stress de ne pas l’entendre et l’attente fébrile de poser le pied dans l’avion, le sommeil ne vient pas. Tu t’endors d’épuisement à 2H55.

Airport situation

45 minutes après avoir claqué la porte de chez toi, tu arrives enfin à l’aéroport. Et intérieurement tu coupes déjà le cordon avec tes problèmes boulot de la veille. Après l’enregistrement où tu as pu repérer discrètement tes futurs compagnons de voyages (et de paradis si un pigeon à la mauvaise idée de venir se coincer dans l’un des réacteurs de l’appareil), direction la sortie : première clope. Il est 5H58 mais tu n’es même pas dégoûtée. Tu regardes le ciel et les premières trainées de kérosène laissées au petit matin. Tu bois une dernière fois cette énorme contrefaçon de café latte et tu te diriges fièrement vers l’embarquement. Et les portiques de sécurité. Tu ne croises pas les doigts pour être sûre que tout est ok, vu que tu as bien tout checké avant de partir. Mais c’est sans compter sur ta poisse légendaire et les petits lutins du fond de ta valise. Ton déo te joue encore une fois un sale tour, 50ML c’est trop ma ptite dame, montrez-moi tout ça. Et la tu pries Sainte Douane pour ne pas avoir rangé tes petites culottes sur le haut de la pile. Ah non ouf ça va, juste la boite de capotes qui dépasse de la trousse à pharmacie. On a connu pire. Après cette radiographie imposée de ta vie privée devant des voyageurs américains, chinois et australiens, tu ravales ta dignité et maudit une fois de plus ce monde de merde, ses terroristes, la violence et l’industrie de l’armement. Tu passes devant le Relay et en profites pour faire le plein de magazines « aussitôt lus aussitôt oubliés ». Tu jettes un œil pour la 10e fois au numéro de ton siège. L’embarquement commence. A chaque fois, tu es surprise de l’exiguïté des sièges des compagnies low cost et te demandes sincèrement comment cet engin fait pour voler. Tu espères avoir une place près du hublot, car si tu peux pas voir les nuages autant y aller en voiture. Les consignes de sécurité effectuées par Felipe ne font pas beaucoup de curieux. Le pilote met les gaz et l’oiseau quitte l’asphalte doucement. Tu poses ton casque sur les oreilles et ouvre Easy Jet Magazine. L’aventure peut commencer.

* Cet article n’est pas sponsorisé par l’Office du tourisme chinois



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *