La vie rêvée

La vie rêvée

«L’amour fantasmé vaut bien mieux que l’amour vécu. Ne pas passer à l’acte, c’est très excitant. » (Andy Warhol)

L’obsession de la rencontre

Je remercie chaleureusement Andy pour cette phrase qui me permet de vivre mon célibat de la manière la plus sereine qui soit. Car ne nous voilons pas la face, ces dernières semaines sont un véritable fiasco sentimental. C’est le désert de Namibie, la sécheresse du Sahara, la solitude du soldat privé de tout contact avec le sexe opposé. Et pourtant je ne reste pas recluse chez moi comme une mormone, j’ai une vie professionnelle et amicale plutôt bien remplie. Je me suis même inscrite à des cours de salsa. Pas du tout avec l’objectif de rencontrer quelqu’un, même si on finit toujours par se dire « pourquoi pas, après tout c’est un lieu de rencontre comme un autre ». Apparemment ce n’est pas l’idée du siècle car absolument rien ou plutôt personne ne parvient à faire palpiter mon pauvre petit cœur desséché. Entre le El muchacho 100% beauf qui a cru qu’avec son semblant de déhanché il allait pouvoir pécho à tour de bras de la gonz et un autre qui passe son temps à se marrer tellement fort et sans aucune raison que ses gloussements deviennent gênants pour tout le monde, je vous raconte pas le tableau.  Un exemple :

– Le prof : «Si ça vous dit on peut essayer le coca cola (c’est une passe en salsa), certains d’entre vous connaissent ? »

– Le relou : «  Je connais surtout le mojito moi hahahaha ».

Au début c’est drôle, moi-même j’aurais pu la faire. Mais au bout de la 10e fois, t’as juste envie qu’il s’étouffe avec son cocktail. Le problème qui saute aux yeux rapidement, c’est que ce pauvre homme est mal à l’aise. Il danse plutôt mal et pour faire passer la pilule, il devient le clown de service histoire de détourner l’attention. Au début, il m’inspirait de la pitié. Maintenant, je prie pour ne pas être dans le même cours que lui. Mais c’est comme Sarkozy, il est TOUJOURS LA.

L’obsession de l’inconnu

Anyway. A défaut de rencontrer quelqu’un avec qui partager de vrais moments Coca-Cola, il reste mon cerveau et mon imagination. Et les fixettes. Je suis une pro pour vivre des histoires ultra intenses et palpitantes grâce à mon hémisphère droit. Là où ça peut devenir flippant c’est que ça devient rapidement obsessionnel. Vous vous souvenez l’histoire du voisin qui est venu me parler la semaine dernière ? Et bien il est venu sonner chez moi quatre jours après prétextant avoir perdu son portefeuille quand il me parlait. Le fait d’être venu appuyer sur ma sonnette (n’y voyez aucune allusion douteuse) et de discuter quelques secondes ont largement suffit pour que depuis, le gentil monsieur tourne en boucle dans ma tête. Au point extrême que je n’ose même plus mettre mes écouteurs pour regarder mes séries ou écouter ma musique de peur de pas entendre, au cas ou il viendrait faire coucou à sa tarée de voisine. Je vous entends ricaner. Comme je refuse catégoriquement de remettre un pied/doigt/œil sur Tinder & co, et bien je galère, je lutte avec ce que la vie a décidé de bien vouloir mettre sur mon chemin de croix.

Les chances étant relativement minces pour qu’il se passe quelque chose de concret entre nous, j’élabore des scénarios dignes des plus grands. En général, trois reviennent en boucle : – Il vient sonner, il me propose de venir boire un verre chez lui, on se retrouve dans l’ascenseur, la tension sexuelle étant à son maximum XXX. – Il sonne, je lui ouvre et lui propose de rentrer boire un verre, il passe la porte et bim devinez quoi ? Oui, XXX. – On se croise au parking le soir en rentrant du boulot. D’abord un peu gênés, ne sachant pas trop quoi se dire, puis parce que les actes valent mieux que les paroles dans ces cas-là, il me renverse sur la BMW (ou la Peugeot, je suis pas contrariante pour ça) et Bingo ! Vous connaissez la suite.

Le pire quand tu as quelqu’un dans la tête en mode disque rayé, c’est qu’il t’accompagne partout. Dans ton café du matin, tes sushis du midi, même quand tu fais ton ménage ou que tu regardes ton film du dimanche soir. Surtout, tu as l’impression de le voir à chaque coin de rue. Tu es à la limite d’avoir des visions, et par là-même de la schizophrénie. Tu guettes attentivement avec un regard encore plus affûté qu’un aigle royal. De loin un brun, la quarantaine, pas très grand, barbu en costard s’approche de moi, le cœur palpite, le sang monte aux joues, c’est lui, c’est sûr. Il se rapproche… déception. Forcément, il est pas comme Nicolas lui, il est nulle part quand tu le cherches.

C’est grave docteur ?

Quand je traverse ces phases, je ne suis plus moi-même, comme vampirisée. Le plus grave c’est que la cible de tes pensées n’a rien fait de particulier pour te mettre dans un état pareil. Et encore, cette fois il y a eu discussion.  Etant relativement précoce dans ce type d’emmerdement, j’ai passé mes quatre années du collège à penser à un seul et unique garçon avec qui je n’avais jamais rien échangé, même pas un Malabar. Cette garce d’obsession se développe quand tu ne sais rien sur la personne et quand il y a peu de possibilités que les scénarios se réalisent pour de vrai. Mon cas a l’air sérieux, ça sent la pathologie. Comme j’aime bien creuser autre chose que mes cernes, je suis partie investiguer. Et bien quand tu tapes « obsession amoureuse » sur Google, c’est comme si on t’annonçait que tu avais le cancer : « conséquences gravissimes », « ça te bouffe », « foutre sa vie en l’air ». D’un autre côté, on te rassure en te disant que ça arrive à quasiment tout le monde un jour ou l’autre, que c’est révélateur d’une certaine sensibilité et d’un besoin profond de vivre intensément. Autrement dit, je me fais chier dans ma vie, merci bonsoir.

Il faut évidemment être conscient que ce type de trouble se produit en général quand ta vie amoureuse est au point mort. L’obsession se développe notamment quand il y a un manque de la personne fantasmée. L’imagination prend alors le dessus. Et comme dans ta tête tu peux faire ce que tu veux avec qui tu veux, ce serait dommage de s’en priver. J’ai longtemps cru que mes scénarios auraient des chances de se produire et donc ils s’auto-nourrissaient avec quasiment rien : un regard, un bonjour accompagné d’un sourire, un effleurement. Mais tu grandis et réalises rapidement que le mec ne va pas traverser toute la classe pour tes beaux yeux et te rouler le meilleur patin du monde devant 35 ados en chaleur. Mes plans rêvés d’aujourd’hui sont donc moins romanesques, les critères ayant été sérieusement revus à la baisse. Jusqu’à les trouver presque plausibles. Ce qui peut être dangereux en période de blocage, c’est que tu te coupes du reste et des autres rencontres potentielles, ton cerveau étant déjà « occupé » ailleurs. Avouons que ce serait quand même dommage de passer à côté de l’homme, le vrai, à cause d’une chimère inaccessible…



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