Tinder surprise

Tinder surprise

« Le hasard, c’est ce qui détermine les grandes histoires d’amour » (extrait du film L’amour c’est mieux à deux).

Plutôt du genre à penser que si le hasard de la vie n’a pas mis deux êtres sur le même chemin c’est pour une bonne raison et qu’il ne sert à rien de forcer le destin, je reste malgré tout une fille avec ses éternelles contradictions. Evitons donc de dire : « fontaine je ne boirais pas de ton eau » car personne n’est infaillible. Même pas moi. La preuve, ça m’a déjà fait le coup avec la clope, les relations d’un soir, les Birkenstock et même le sans gluten.

Mettre toutes les chances de son côté

Pendant longtemps, j’ai résisté. Non merci, c’est gentil mais je passe mon tour, c’est pas comme si j’étais VRAIMENT en galère. Argument béton pour ne pas céder aux sirènes du virtuel : je préfère attendre plus longtemps mais que la rencontre soit belle. Et racontable aux petits-enfants lors du réveillon de Noël 2056. Et puis, comment ne pas être heureuse à l’idée de rentrer chez soi le soir et retrouver sa petite plaque électrique de célibataire, regarder sa petite série, se faire couler un petit bain en sirotant un petit verre de rouge, en sortir toute fripée et enfiler ce bon vieux survet’ H&M (pourquoi tout est petit quand on est célibataire ?!) ? Franchement, je vois pas ce qu’il pourrait y avoir de mieux. Un mec ? Pff so 2015. Ça ne fait que quelques semaines que je suis seule (ça passe toujours mieux que quand tu balances six mois d’un coup), et ça me fait du bien. J’avais besoin de me retrouver et prendre un peu de recul sur ma vie. Même si maintenant niveau recul, on a pris suffisamment de distance pour tenter un saut à la perche EA-SY.

Les semaines passent, tu enchaînes les apéros et un soir, seule dans ton lit alors qu’une amie vient de te raconter sa dernière nuit d’ivresse avec sa nouvelle conquête, tu craques, tu baisses les armes, tu mets tous tes principes à la poubelle : tu installes Tinder. Soyons honnête, une légère excitation s’empare de toi. Tu flippes quand on te demande si les données Facebook peuvent être récupérées et qu’un gros encart s’affiche sur ton mur « JE SUIS DÉSESPÉRÉMENT SEULE HELP ME QUE QUELQU’UN SE DÉVOUE », tu te surprends à indiquer une tranche d’âge 28-33 ans voire même à pousser le curseur jusqu’à 35; attention grosse prise de risque : à cet âge-là il est peut-être marié et papounet par-dessus le marché. Les premiers profils s’affichent et c’est à ce moment-là que tu comprends que c’est loin d’être gagné. Comme dans la vraie vie, tu vas galérer. Pas pour avoir des like, ça à l’air d’aller mais plutôt pour en donner. Une petite voix intérieure te supplie de ne pas être trop exigeante et de faire un effort. Premier like, tu as l’impression d’avoir enfin pris ton destin en main. Il t’a liké aussi, tu ne peux contenir un léger sourire en coin. Tu te dis qu’enfin l’amour ne t’a peut-être pas oublié. Et puis tu te rends compte que « It’s a match » 95% du temps et donc que les mecs aiment quasiment tous les profils du sexe opposé. Tandis que toi, tu pars dans un délire de tri sélectif assez poussé : âge, couleur des yeux, harmonie globale du corps en fonction des photos misent à disposition, s’il a fait l’effort d’une description, ses activités etc. Tu passes en mode casting, te voilà transformée en juré du concours Elite Model combiné à Questions pour un champion (un peu de culture n’a jamais tué personne). Puis vient le moment où, tapie dans l’ombre de ton téléphone, tu attends le signal d’un début de conversation. Tu sais que tout se joue très vite, il suffit d’avoir une bonne accroche et la discussion est lancée. Mais tu as un principe et il est non négociable : ne jamais envoyer le message en premier. Il ne faudrait pas non plus lui faire croire que c’est gagné d’avance (vous voyez le type de raisonnement ? Vous comprenez donc mon célibat). Ça fait partie des petits principes auxquels on s’accroche (à tort ou à raison) et qui jalonnent notre existence. Comme celui de ne jamais allez aborder un mec qui te plaît et pour qui ça semble plus que réciproque. JAMAIS. C’est trop facile.

Chassez le naturel il revient au galop

En attendant le top départ, tu ne peux t’empêcher de tourner en boucle le problème majeur dans cette démarche : la rencontre ne relève plus du hasard, elle a été en quelque sorte « arrangée ». Comme quand tes potes, qui en même temps qu’ils ont l’impression de réaliser leur B-A de l’année, veulent absolument te présenter leur super buddy, apparemment parfait sur le papier : avocat, lui aussi célibataire, lui aussi gentil, plutôt mignon et prêt à quelque chose de sérieux mais qui galère à trouver sa pépite. Sauf que, si vous ne vous étiez jamais parlé jusqu’à présent dans les soirées, c’est pour une bonne raison : tu as enfin compris ce que le terme moulin à paroles voulait dire. Et autocentré aussi du coup. C’est digne d’un sketch : tu ouvres la bouche pour exprimer ton opinion et ta phrase est tellement entrecoupée qu’elle sortira composée de monosyllabes. Comme quand tu essayes de courir mais qu’on te retient par le sac à dos : tu fais du surplace. Et surtout, tu te demandes comment tes soi-disants amis ont pu croire un seul instant que tu pourrais tomber sous le charme d’un mec pareil. Vexation puissance 1000. Retour à la case départ.

Sur Tinder aussi, l’histoire tourne vite en boucle. Tu finis par enclencher la conversation avec un mec sympa, vous décidez de vous rencontrer assez rapidement, histoire de ne pas perdre trop de temps s’il s’avère que vous ne vous plaisez pas. Ça se passe bien, vous enchaînez les rencards, et puis d’un coup sans raison apparente, alors que vous aviez évoqué l’idée de partir en week-end ensemble, vous n’avez plus de nouvelles. Ou alors si, mais pour vous annoncer que finalement monsieur n’est pas prêt pour une histoire, que tout ça va un peu trop vite pour lui. WTF ?? Summum de la goujaterie : il pense passer pour un mec bien en ayant l’honnêteté de t’avouer qu’en ce moment il préfère rester devant sa télé à regarder NCIS ou allez boire des bières avec ses collègues. Toi, tu viens de perdre deux mois à espérer que cette relation débouche sur quelque chose de sérieux et tu vas devoir une fois de plus expliquer aux copines qu’on s’est bien foutu de ta gueule. Mais que tu vas rebondir, car c’est pas un petit con indécis qui va t’empêcher de continuer de croire en l’amour. Même si tu ne seras pas la preuve qu’une rencontre virtuelle peut fonctionner. Et finalement, ça explique plutôt bien le manque de conviction d’installer cette application au départ. Afin de tourner les choses de manière positive, tu choisis de vivre ça comme une expérience de plus. Certes ratée, mais tu ne mourras pas idiote, tu as tenté. Après le bar du coin, les salles de concerts, les collègues et les amis d’amis, même internet ne veux pas de toi. Qu’importe, ce n’est peut-être pas encore ton heure, voilà tout.

Un soir, alors que tu en es au 85e profil switché, tu te dis qu’il est grand temps de passer à autre chose. Poser ton portable et ouvrir les yeux, parfois le destin est à portée de main. Tu retrouves un semblant de principe, tu es fière de dire stop au virtuel, aux rencontres calculées, à un algorithme mathématique. Jusqu’à quand ?



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