Nobody is perfect

Nobody is perfect
« – Mais tu ne comprends pas ! Je suis un homme. – Et alors ? Personne n’est parfait » (Certains l’aiment chaud).

Vivre dans un donjon…

La fin d’année approche et avec elle, le retour de cette irrésistible envie de tout envoyer balader. C’est à ce moment précis que Paris recommence à me filer de l’urticaire et que mon vocabulaire Maurice, dépasse les bornes des limites : intérieurement, je bouillonne contre cette collègue qui parle trop fort au téléphone, cet **** de piéton qui traverse sans même regarder si un camion ne lui arrive pas dessus à pleine vitesse, ce mec qui se la joue tellement détaché que c’est à se demander si il n’a pas été enlevé par un groupe armé anti-connards. Le summum restant le paquet de madeleines coincé dans le distributeur, alors même que tu rêvais de cette pause goûter depuis des heures et que tu avais bataillé dur pour trouver la fameuse pièce de deux euros. C’est également à cette triste période, que tu te remets à regarder les conditions d’admission du Permis Vacances Travail qui te permettrait d’aller bosser sous le soleil australien pendant plusieurs mois. Mais tu te rappelles alors, que cette offre a une date de péremption : à consommer avant 30 ans. Cet âge limite, ce seuil critique, celui en ligne de mire où tu te dis que si tu n’as pas réaliser au moins l’un des points suivants, il vaut mieux en finir au plus vite : mariage, bébé, promotion boulot, tour du monde, épilation au laser.

Ajoutons à cela le froid de ces derniers jours et c’est comme si je me retrouvais engluée dans du chewing-gum: les moindres faits et gestes, la moindre action requiert une énergie folle, laquelle en temps normal, pourrait facilement déplacer des montagnes. Dès le matin, j’enclenche le mode robot, uniquement déterminée à la réalisation des trois objectifs majeurs de la journée : METRO- BOULOT- DODO.

Le soir, une fois passée la porte de chez toi, le mot clé qui définit le mieux la situation est sans conteste : PROCRASTINATION. A défaut de ranimer la flamme, tu enclenches la flemme hivernale. Et le problème c’est que, même si ton corps n’est pas en action, ton cerveau lui, continu de tourner. Certes, au ralenti mais suffisamment pour te faire comprendre que de rester devant l’ordinateur, les yeux mi-clos et la bouche ouverte car même la mâchoire n’a plus la force de se battre, ce n’est clairement pas l’idéal pour booster l’estime de soi. Et surtout, que ce n’est pas parce que tu te déguises en oignon tous les matins pour braver la bise à deux-roues et qu’au travail on te demande régulièrement si ton bureau n’est pas une succursale de la Reine des neiges, que tu dois renoncer à toute activité extra-ordinaire. Déjà tu auras plus chaud, ensuite tu élimineras plus rapidement la tartiflette de ce midi et tertio, tu arrêteras de ruminer sur ta vie/ton oeuvre/tes échecs/tes joies et tes peines.

… Et ne pas s’appeler Raiponce

C’est bien sûr, sans compter sur cette perfection de Camille, qui rentre dans ton bureau avec son petit ventre tout rond, son sourire jusqu’aux oreilles, son look clairement pas négligé et sa pêche totalement hors-saison. Qui es-tu étrange créature ? Simplement une jeune femme enceinte de son troisième enfant, qui a un boulot dix fois plus prenant que le tien et qui va entrer en réunion avec un gros client dans moins d’une minute mais qui prends quand même le temps de passer te faire un « petit coucou ». Et de te foutre par la même occasion son bonheur en pleine poire. Il n’en fallait pas plus pour que ton cerveau enclenche le fichu mode bilan annuel, celui qui te remue bien les tripes en profondeur. Pour ne pas t’effondrer tout de suite, tu commences par les points forts, ceux dont tu es relativement fière. Cette année, tu as donc : voyagé plus que d’habitude, pris les fameux cours de danse que tu repoussais depuis longtemps, commencer un travail d’écriture, réaliser le fantasme du voisin et enfin, tu n’as jamais autant profité de tes amis. Ah ça, les mojitos et les martinis ne t’ont jamais posé de lapin, EUX. Et puis, parce qu’il ne sert à rien de s’aveugler inutilement, tu énumères les sujets qui fâchent. Ils sont deux mais forment une sacrée paire, un peu comme Tic et Tac : le boulot qui stagne (mais d’après mon horoscope, le trigone Mars-Neptune devrait jouer en ma faveur à partir d’avril), et surtout, grand dieu surtout, le futur homme de la situation toujours HORS RADARS. Tu te rassures en te disant qu’il est comme toi au moins sur un point, c’est-à-dire pas très doué en orientation et qu’il a du se perdre lui aussi, dans les chemins sinueux des expériences foireuses. Pourvu qu’en 2017 sa mère lui offre un GPS.

Un autre point qui semble avoir son importance dans ce travail d’introspection, et qui contribue certainement à cette désagréable impression de stagner notamment d’un point de vue personnel : l’ouverture de la saison des mariages dès l’année prochaine. Ça y est, tes amis commencent à se passer la corde au cou. Et toi, de réaliser assez brutalement que ton horizon est beaucoup plus flou. Bien sûr, tu es heureuse pour eux. Bien sûr, tu pleureras lorsqu’ils s’échangeront leurs vœux. Bien sûr dans tes larmes, il y en aura aussi quelques-unes pour toi et ta solitude. Néanmoins, gros point positif de tout ceci : pour la première fois de ta vie, huit mois avant, tu sais où tu pars l’été prochain. Oui, j’ai déjà pris mes billets d’avion. Oui, c’est pour le mariage d’une de mes meilleures amies à la Réunion. Et oui je sais, je n’aurai pas dû prendre de billet retour. Quelle conne.

Etre soi-même, c’est déjà beaucoup

A une époque où rentrer en CM1 signifie créer sa propre chaîne Youtube, où les Kardashian sont devenues des icônes féminines et où un homme misogyne couleur poil de carotte accède à la présidence des USA, je me dis qu’être barge est devenu la norme. Mais que quand même, tu aimerais bien qu’on te fasse une petite place dans le moule tradi des presque trentenaires. Sauf que, quand tu prends conscience que tu as déjà du mal à caler une séance d’aquabiking par semaine alors que tu n’as ni mari ni enfants à t’occuper, tu flippes. Difficile de ne pas se sentir à la traîne. Surtout quand tu vois ta collègue qui, en plus d’avoir deux enfants à élever et un mari à combler, trouve le temps d’aller à son cours de fitness, de faire des dîners niveau Top Chef, d’apprendre les claquettes et par-dessus le marché d’organiser les vacances de toute la sainte famille, tu te demandes sérieusement à quel moment l’option superwoman a été oubliée durant ta conception. Ça finit par te faire grincer des dents ces supers pros de l’organisation. Toi, qui a tout juste le temps de commander Sushi Shop parce que ton cake a encore cramé, d’aller une fois toutes les deux semaines à ton cours de danse et à qui, l’idée de coudre un bouton donne des sueurs froides. Et ne me demandez pas de faire la cuisine sans suivre la recette à la lettre au risque de vous retrouver dans un laboratoire expérimental du type « C’est pas sorcier ». Notez enfin que je suis tellement maladroite que mon pire cauchemar serait d’être serveuse. Avec tout ça, pas étonnant que l’expression « bonne à marier » n’est jamais été employée par ma mère à mon attention. Même si, évidemment, je ne suis pas uniquement une énumération de points critiques. D’après mes amis et même des ex, je serai même assez géniale comme fille. Et ce n’est pas parce qu’on n’arrive pas à cuisiner un bœuf-carottes, que personne ne nous aimera jamais. Alors certes, il vaudrait mieux que l’élu sache cuisiner ou qu’il aime les sushis, ou bien qu’il est suffisamment d’argent pour passer sa vie à vous inviter au resto. Ou vous offrir des cours de cuisine. De toute façon, la perfection n’existe pas. Et n’oublions pas aussi que les apparences sont souvent trompeuses, que tout le monde a des problèmes et qu’il ne sert à rien de se mettre la pression plus que de raison. Même si je l’avoue, j’aurai adoré avoir un don. Un super pouvoir comme celui de réaliser des desserts à rendre fou de jalousie Cyril Lignac. Ou bien encore, écrire des romans aussi populaires qu’Harry Potter, qui seront encore lus des années après ma mort. Même si j’ai conscience que tout cela n’est pas inné et que pour la plupart des gens, ça s’apprend. Qu’il faut du travail et de la patience. Je suis bosseuse mais pas patiente. Dommage pour moi.

Pourtant vous l’aurez compris, ce n’est pas l’envie qui m’en manque d’être une superwoman. Sauf que pour le moment, j’ai l’impression que le costume n’est pas à ma taille. Peut-être ai-je trop mangé de marrons glacés au dernier pot de départ. Bref, vivement le printemps et le retour des glaces à l’eau.

 



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