De l’intérêt d’être à l’heure

De l’intérêt d’être à l’heure

« L’amour est une question de timing, il faut beaucoup de chance pour tomber sur la bonne personne, au bon moment, au bon endroit ». (Wong Kar-wai)

L’art de la synchronisation

Sans doute parce que j’aime me faire désirer, ma mère a attendu 10 ans avant de m’avoir. Je suis arrivée à l’aube de ses 36 ans alors qu’elle commençait à se résigner à ne jamais donner la vie, elle qui attendait cela avec tant d’impatience. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer. Même si parfois tu te dis que si ton père avait bossé chez Swatch, ta relation avec le temps serait sans doute plus harmonieuse. Et t’éviterai notamment d’avoir cette désagréable impression d’arriver comme un cheveu sur la soupe dans bien des situations. S’il faut reconnaître que l’on est souvent parachuté de manière imprévue dans la vie des gens, il y a des fois où tu te dis que le karma ne t’aide pas beaucoup. Un exemple : il y a plusieurs années, j’étais en couple avec quelqu’un qui, deux mois après notre rencontre apprend que son père a un cancer. Foudroyant, il décède six mois plus tard. Et comme le spécimen est de caractère assez volage à la base, il n’en fallait pas plus pour qu’il aille se réconforter dans les bras du tout Paris. Certes, dans ce cas précis, il y aurait sans doute eu une autre raison plus ou moins valable pour que de toute manière, je finisse pas être cocue. Mais quand même, avouons que c’est pas de bol. D’un autre côté, relativisons en se disant que c’est aussi ça qui fait de la vie une surprise permanente. Mais de ce fait, assez angoissante. Surtout quand l’histoire semble se répéter encore et encore.

Il y a quelques mois, j’ai rencontré un garçon du même âge que le mien et qui semblait à première vue, bien sous tous rapports. Malheureusement pour moi, j’ai très vite découvert qu’il préférait passer son temps avec ses amis de beuverie et sa télévision qu’avec ma petite paire de nichons (et mon gros cerveau évidemment). Pourtant, le courant passait bien. Mais voilà, argument choc de ce dernier : monsieur n’était PAS PRÊT. Mais prêt à quoi au juste ? Au décollage de la fusée Ariane ? A lâcher sa console et sa petite branlette de célibataire pour une nana sympa, jolie, qui a envie de voyages et de partager des moments agréables à deux ? Oui, finalement tu as bien raison, passe ton chemin sombre individu, je mérite mieux. Plus sérieusement, qui se sent vraiment prêt un jour ? Qui se sent tellement à bloc qu’il peut dire sans hésitation ni appréhension aucune, que le moment est venu ? Ne doit-on pas essayer de se lancer quand on se sent bien avec la personne au risque de ne jamais tenter quoi que ce soit ? Au pire, ça rate mais au moins on ne ruminera pas de regrets car on aura tenté l’expérience. Parce qu’au fond, on va pas se mentir : la vie à deux avec sa routine et ses comptes à rendre, sur le papier ça ne fait pas vraiment rêver. Et puis quoi de mieux que d’avoir la couette pour toi toute seule, dormir en étoile de mer et se réveiller sans crampe dans le bras parce que tu n’auras pas oser bouger de peur de réveiller l’autre qui dort à poings fermés; que de passer du temps avec ses amis à refaire le monde devant un martini blanc dans ton quartier préféré; que de s’accorder des moments de paix et d’introspection où, seule chez toi tu en profites pour te concentrer sur tes futurs projets ou juste lire un bon bouquin. Ou de manière plus réaliste prendre un bain avec un petit verre de rouge dans une main et ta clope dans l’autre en pensant à ton prochain voyage.

Il y a donc la fameuse excuse du « je ne suis pas prêt, rappelles-moi dans 5 ans ». Mais il y en a une autre, toute aussi désagréable, qui te fera rapidement prendre rendez-vous chez le dermato car tu auras développé un zona à son contact, le fameux : « ne gâchons pas notre amitié ». Émise par une personne que tu connais depuis toujours et qui fait partie de ta bande d’amis. Parce que les autres sont en couple et que vous êtes les deux seuls incorrigibles célibataires du groupe, un soir vous avez dérapé. Puis un autre et encore un autre. Mais voilà, ce serait dommage de gâcher une si bonne entente fraternelle pour une histoire d’amour incertaine. Mais l’amour c’est quoi ? Etre sûr de l’autre ? Des sentiments que l’on éprouve et que l’autre ressent pour vous ? De ne pas avoir le moindre doute ? Certainement pas mon capitaine. L’amour ça vous prend aux tripes, ça peut vous rendre aussi heureux que de vous donner envie de prendre le prochain vol pour Saturne. C’est en tout cas, la seule manière dont je l’envisage.

Et puis, il y a l’excuse « exotique » de la part de celui dont tu t’éprends mais qui habite à l’étranger. Et plus précisément à Londres. OK, tu savais dès le départ dans quoi tu mettais les pieds mais tu espérais quand même que l’Eurostar vous rapprocherait deux fois par mois. Unfortunately, il n’a fait que vous séparer davantage. Oui, vous êtes bien ensemble, mais comme vous ne vivez pas dans la même ville, ce n’est pas possible. Comprenez chers amis que de ne pas pouvoir se voir quand on en a envie, ça laisse trop de place à la liberté et donc aux possibles tentations. Surtout dans le pays de Queen Mum où il semblerait que les tissus portés par ces demoiselles soient toujours trop courts même en hiver. Décidément, tu ne seras jamais au bon endroit au bon moment.

Prendre son mâle en patience

D’un point de vue professionnel aussi, Chronos a pris l’habitude de faire des siennes. On te laisse miroiter un super poste à la fin de ton stage de fin d’études mais manque de bol encore une fois, la boîte perd un budget hyper important et tu te retrouves à devoir pointer chez Pôle Emploi plus tôt que prévu. Heureusement, je me raccroche à ce que ma grand-mère avait pour habitude de dire : tout vient à point à qui sait attendre. Le problème c’est que la durée de l’attente n’a pas été précisée, et le nombre d’échecs à subir au préalable non plus.

En prenant un peu de recul et au vu de mes quelques expériences, j’ai comme l’impression qu’il y a un léger problème de communication concernant les relations sentimentales entre personnes du sexe opposé ces dernières années, et ce, quel que soit l’âge. Que d’avoir l’air trop sûre de soi, de ses envies et de ses attentes ça fait flipper dans le pantalon. Je m’explique : je suis une femme, j’ai 28 ans, je suis en CDI, j’ai des activités annexes communément appelées loisirs, des amis, une famille, un appart et j’habite l’une des plus belle ville du monde (tant que je n’ai pas fait le tour de la planète pour comparer, le doute sur la première place est permis). Et OUI incroyable mais vrai, j’aimerai un jour avoir des enfants. Pas demain, pas dans un mois mais un jour proche ou lointain avant que mes ovules me regardent d’un air triste et déçu : « tu t’es bien foutu de notre gueule ». Autre fait étonnant, j’aimerai, tant qu’à faire, les concevoir avec une personne envers laquelle j’éprouverai des sentiments et en qui je pourrai avoir un minimum confiance sur le fait qu’il ne va pas me planter du jour au lendemain, me laissant mère célibataire et esseulée, errant de ville en ville, de port en port avec mes gamins sous le bras. Est-ce trop demander ? A la fameuse question : « voudrais-tu un jour avoir des enfants ? « , dois-je désormais prendre un air lointain et peu concerné et répondre dans un semblant d’élan naturel : « pour le moment la question ne se pose pas, j’ai suffisamment à faire avec moi-même et mes petits cousins. Un jour peut-être. » MY-THO. Mais si ça peut éviter d’effrayer la gente masculine alors…

Après avoir été victime d’une série d’attaques d’excuses toutes plus pathétiques les unes que les autres, tu te dis qu’au moins le meilleur t’attends désormais. Même si tu as bien conscience qu’une excuse, quand on manque de motivation, c’est facile à trouver. Et que tu n’es pas à l’abri d’en être à nouveau la cible. Mais pour éviter cela, ton regard se tourne vers les hommes plus âgés, à tendance quarantenaire. Tu te dis qu’au moins à cet âge-là, il sait ce qu’il veut, et que s’il s’intéresse à toi uniquement pour ton corps il aura au moins l’amabilité de te le spécifier dans un contrat type CDD : cul à durée déterminée. Que nenni. Il aime passer du temps avec toi, il aime faire l’amour avec toi, envisagerait même de partir en week-end avec toi mais dans toute cette jolie panoplie tu ne dois pas oublier deux choses : il est divorcé et à deux enfants. En soi, ça ne t’effraie pas, c’est même plutôt banal vu son âge. Ce qui te fait un peu tiquer c’est quand il t’avoue droit dans les yeux qu’il ne se remariera pas et que l’idée de replonger la tête dans les couches culottes ne le rends pas particulièrement enthousiaste. Qu’il veut vivre pour lui, qu’il a d’autres priorités et d’autres aspirations pour le moment. Et tu comprends son point de vue, tu ne peux pas le blâmer. Mais ce que tu as un peu de mal à concevoir c’est qu’à 42 ans, cet homme n’a plus vraiment d’ambition sentimentale. Il t’avoue même à demi-mot qu’il a conscience qu’il finira probablement seul. Parce que le romantisme coule dans tes veines, tu aimerais bien le faire changer d’avis. Lui prouver qu’avec toi les choses pourraient être autrement. Avoir pour une fois la main sur l’aiguille du temps.



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