Sur les chapeaux de roue

Sur les chapeaux de roue

“Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté” (Groucho Marx).

Lundi 2 janvier, 13H02. Je sors du supermarché, heureuse d’avoir acheté de quoi rebooster mon organisme après cette période de débauche alimentaire. Au menu : clémentines et yaourts. Mais comme j’ai promis (à moi-même) d’être honnête en ce début d’année, je l’avoue : je tiens également un sandwich chorizo-chèvre dans la main droite. Difficile de tout arrêter d’un coup : le sucre, la clope ET le gras. Marchant d’un pas assuré sur le trottoir menant à mon bureau, je ressens tout à coup une perte totale du contrôle de mon corps. Me voilà projetée dans les airs, le sac de courses planant au-dessus de ma tête (ma première pensée étant pour les pauvres yaourts en verre qui allaient se briser sur le sol laissant le trottoir immaculé) ; J’eus à peine le temps de réaliser que j’étais en pleine chorégraphie imposée quand mon corps se laissa retomber de manière totalement inappropriée sur le trottoir. Cause de toute cette mascarade : je venais de glisser sur une plaque de verglas. Une minuscule plaque de rien du tout. J’ai alors réalisé que je marchais collé au mur, en mode passe-muraille. J’ai certainement dû être caméléon dans une ancienne vie. A l’armée, j’aurai sans doute été douée pour me planquer dans les buissons. Si on enlève ma dose peu commune de poisse et de maladresse, qui aurait probablement donné l’impression d’être dans un mélange survitaminé de la 7e compagnie et de la Grande Vadrouille. Quand j’y pense, je me serai décalée de 5 cm, cette insignifiante plaque n’aurait jamais eu ma peau. Et encore ça aurait pu être pire.

Une fois à terre, personne pour te ramasser. Tu maudis les films romantico-sentimentaux qui te font espérer des conneries mielleuses et réalise tristement qu’il n’y a pas 15 mecs qui vont accourir pour te relever. Même pas un petit chauve. Non, tu te retrouves comme un sac à patates, étalée de tout ton long et lamentablement seule avec ton déjeuner dégoulinant sur le trottoir. Tu as mal au coude, tu ne te relèves pas tout de suite et te demandes soudainement comment tu vas pouvoir vivre sans un coude qui fonctionne correctement. Tu ne pourras plus manger normalement, faire coucou à ta mère de loin qui a encore oublié de mettre ses lunettes ou bien attraper le pot de confiture en haut de l’étagère. Une vie sans coude se profile, tu es triste de ne pas en avoir profité davantage. Prise entre l’envie de rire car tu as bien conscience que tu viens de te ridiculiser (tu reconnais que tu es toujours la première à te fendre la poire quand quelqu’un se casse la figure devant toi) et celle de pleurer car la douleur s’intensifie, tu balaies la rue d’un coup d’œil rapide afin de faire une liste des témoins de cette catastrophe. Une bande de vieux OK. Ah et la DRH de ta boîte. Bon, au moins pour l’attestation d’accident du travail tu n’auras pas de mauvais sang à te faire, c’est plié. Tu restes plusieurs secondes par terre le temps de réaliser ce qui vient de se passer. Par ordre d’apparition dans ta tête, les choses sont un peu brouillonnes: « cette petite merde de plaque m’a faite tombé / Je me suis tapée la honte/ P***** j’ai mal au coude grave / Merde mes yaourts / J’ai envie de me planquer dans un trou le plus profond possible ». Ça fait beaucoup d’émotions en peu de temps. Sincèrement, j’étais pas prête. Pas prête à choir aussi rapidement dans l’année qui vient tout juste de commencer. Mais finalement, c’est pas plus mal de démarrer en bas de l’échelle. Au moins à partir de maintenant, je ne peux que me relever. Autre avantage : je n’ai pas de problème de chute pour cet article.



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