La rebellion

La rebellion

« Une petite fille ne peut pas être méchante avec sa maman. Impossible. C’est le bout du monde une maman et tout l’univers avec. » (Katherine Pancol, J’étais là avant)

Il y a quelques semaines, j’ai tapé du poing sur la table. Au sens figuré comme au sens propre, ce qui a conduit à l’explosion de ma tasse à café sur le sol hautement aseptisé de la cuisine à ma mère. Aucune surprise, je savais dès le départ que cette conversation ne serait pas chose aisée. Dis plus simplement, je savais que j’allais en baver et qu’on allait s’engueuler comme du poisson pourri (vous en connaissez beaucoup vous deux poissons en phase de décomposition qui se prennent la tête ? Croyez-moi, c’est pas beau à voir).

Couper le cordon….

J’ai tout simplement annoncé à ma mère que je voulais déménager. Quitter mon petit studio où je suis depuis 7 ans et dans lequel je ne me sens plus à ma place. Tout ça pour ça, me direz-vous ? Non, ce n’est pas si simple. Quitte à mettre un peu le bazar dans les relations parentales autant y aller à fond : dans un élan incontrôlable d’affirmation du moi, je lui ai dit que mon projet était d’aller habiter quelques temps chez des amis pour ensuite partir plusieurs mois en Nouvelle-Zélande dans le cadre d’un PVT (Permis Vacances-Travail pour les novices).  Que j’allais partir seule, sac sur le dos, à 18 000 km pour bosser dans les champs et faire le tour de l’île en combi. Voilà, c’est exactement à ce moment précis que la tête à ma mère est passée du blanc au rouge et que j’ai sincèrement cru qu’on allait finir la soirée à l’hosto. Déjà PVT c’est quoi ce truc ? Je sens qu’elle a l’impression que je fais exprès d’utiliser des mots qu’elle ne connait pas, pour la mettre en position d’infériorité. Et ça, la mother, elle aime pas. Du coup, comme elle comprend pas, elle rejette. Elle me dit que je suis folle, que j’ai dû tomber sur la tête. Que je suis influencée par mon entourage instable, qui n’a pas encore fondé de famille et qui ne pense qu’à sa gueule. Ah cette génération « moi d’abord » ! Elle me demande même dans un élan de rage si ça fait longtemps que sa fille se drogue… Et la menace suprême à bientôt 29 ans : « continues comme ça et j’appelle ton père ! »(pipi dans ma culotte DI-RECT).

Mais alors que se passe-t-il dans la tête de ma mère pour qu’elle réagisse de manière si radicale ? Pour qu’elle rejette de but en blanc ce projet sans même s’intéresser aux motivations qui fondent ma décision ? Pour elle, il s’agit d’une crise d’adolescence à retardement (si j’avais su, j’aurai davantage emmerdé le monde à 18 ans) ; d’une fuite en avant ose-t-elle me dire ! Je bouillonne. J’encaisse alors les remarques qui résonnent comme autant de coups assénés à la personne que je suis et qui tente malgré tout de s’imposer à la figure maternelle. Je tends la joue gauche puis la droite car je sais inévitable ce déversement de paroles blessantes, qui cache mal un sentiment d’abandon : « Tu comprendras quand tu seras grande et que tu auras des enfants ! » me martèle-t-elle. Par ces mots, je dois donc me faire à l’idée que, n’ayant pas encore procrée, je suis bloquée au stade pré-adulte ou post-adolescence pour une durée indéterminée ? Clap de fin, les larmes fusent et les portes claquent. A défaut d’être comprise, j’essaie de comprendre.

… Ne veut pas dire être égoïste

Ma vie actuelle ne ressemble pas exactement à ce que je m’étais imaginée il y a quelques années. C’est comme ça, il faut l’accepter. Certaines choses arriveront plus tard et ce n’est pas parce que je n’ai pas encore le crédit d’une maison sur le dos et un placard rempli de couches culottes, que j’ai foiré ma vingtaine ou que je devrais appréhender mon début de trentaine avec angoisse. Bien au contraire ! Ce qui semble contrarier ma mère, c’est que j’ai le CHOIX. Et c’est là que l’écart de génération se révèle au grand jour. Aujourd’hui, on s’adapte. On tente. On y croit. A chaque fois. On ne veut pas vivre avec des regrets, des « si j’avais su, j’aurais fait autrement » énoncés à 60 ans aux petits enfants qui ont la vie devant eux. Le bilan, on attend plus la retraite pour le faire. On le fait beaucoup plus souvent, dès que le besoin s’en fait sentir. Et non, ce n’est pas être égoïste que de prendre du temps pour faire le point sur son parcours personnel et professionnel, afin d’être sûr que tout ça colle avec la personne que l’on est ou vers laquelle on souhaite tendre.  Que ça correspond à nos valeurs, nos manières d’appréhender la vie, qui ne sont peut-être pas les mêmes que celles de nos parents. Ça permet de se repositionner rapidement dans la bonne direction plutôt que de s’entêter à continuer droit dans le mur. Sauf que ma mère a la fâcheuse tendance à comparer ma situation avec ce qu’elle a elle-même vécu à mon âge, oubliant que les données socio-politico-érotico-démographiques ne sont plus les mêmes. Que la durée des études s’est nettement rallongée, que le premier job est rarement un CDI et que les prétentions salariales indiquées en fin de cursus sont souvent revues à la baisse une fois arrivé sur le marché du travail. Que oui, il est fréquent d’accumuler deux jobs en même temps. D’autant plus quand tu vis à Paris et que la moitié de ton salaire passe dans le loyer de ton 30m2. Que pour la majorité d’entre nous, il faut en passer par plusieurs relations avant de trouver la bonne personne avec qui tu envisages de construire quelque chose de durable. Que le mariage, oui on en parle, mais pas avant d’avoir une situation stable. Et les enfants, pas avant d’avoir nous-même réussi à couper le cordon avec nos parents. Finalement, si on peut parfois se sentir encore comme de grands enfants à 30 ans c’est aussi parce que, sans être des « Tanguy », nos parents nous ont gentiment gardés sous leur coupe le plus longtemps possible. Peut-être par crainte de nous voir voler de nos propres ailes dans un monde à l’avenir incertain. D’autant plus quand tu es fille unique élevée par une mère célibataire. Les méchants sont partout !

C’est aimer avec son coeur d’adulte

Cela ne veut pas dire que je prends la fuite, loin de là. Je mesure simplement au vu de l’état actuel de ma vie, les possibilités qui s’offrent à moi. Plutôt que de rester dans un état stationnaire de semi-confort je préfère tout envoyer balader pour quelques temps et aller prendre l’air; perdre volontairement mes repères et mes habitudes dans une nature sauvage et une culture différente, dans le cadre d’un programme que je n’aurai plus la chance de pouvoir faire passer mes 30 ans. Cela n’est contre personne et surtout pas ma mère pour qui j’éprouve un amour sans faille. Si seulement elle pouvait déplacer son curseur émotif sur sa fille en prenant en compte sa personnalité et les différents paramètres de la vie d’aujourd’hui, elle se rendrait compte que je n’agis pas dans le but de lui faire du mal. Que voyager me fait un bien fou et que j’ai besoin d’un nouveau challenge pour me connaître davantage, repousser mes limites et donner encore plus de sens à ma vie actuelle. Ça fait partie du chemin que j’ai décidé de tracer pour les prochains mois, sans savoir ce qui m’attendra au retour.

Pour l’instant, ma mère est en pleine phase de déni. On évite d’en parler et j’imagine qu’elle se persuade que je vais changer d’avis. Que tout ceci n’était qu’un feu de paille. Dommage, c’est mal me connaître (parfois je me demande si c’est vraiment ma mère). Vivement la phase d’acceptation, une fois qu’elle aura le billet ALLER sous les yeux (non échangeable ni remboursable, sinon c’est trop facile). Vous verrez que dans un an elle me suppliera de rester là-bas et de faire ma vie avec un maori, histoire de passer des vacances à la cool. Ka kite ano !



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