L’insouciance de l’été

L’insouciance de l’été

« On n’a jamais autant besoin de vacances que lorsqu’on en revient. » (Ann Landers)

Dimanche 20 août. La cloche vient de sonner l’un des jours les plus tristes de l’année : la fin des grandes vacances. Et avec lui son lot de symptômes aussi prévisibles que variables, allant de la boule au ventre à la tristesse en passant par les fameux troubles du sommeil. Le grand écart est frappant. Même pour quelqu’un qui n’a pas fait de danse classique depuis 20 ans. Le premier pas sur le tarmac parisien se fait sous la pluie. Evidemment. Les réjouissances sont bel et bien finies. La phase de déni peut commencer.

Les joyeuses colonies de vacances

Pendant deux semaines, tu as eu à nouveau 12 ans. Grâce à une bande de potes et le plaisir simple de penser uniquement à l’activité qui animera ta prochaine journée de relâche : paddle ? canyoning ? rafting ? randonning ?  A 18H il est l’heure d’appliquer l’après-soleil sur ta peau rougie. A 18H11, vous vous demandez ce que vous allez bien pouvoir manger au dîner, l’estomac encore réglé sur la digestion de l’orgie du midi. Tes journées sont rythmées de questions plus ou moins existentielles : est-ce que j’ose la sauce pimentée sur mon rougail saucisse ? Parapente ou sieste à l’ombre des palmiers ? Mijoto ou bière Dodo ?

Le problème avec les vacances, surtout celles qui sont particulièrement réussies, c’est que le retour à la réalité est plutôt difficile. Surtout quand tu as marié l’une de tes meilleures amies. Qui plus est, à la Réunion. Et que le mariage était un combiné de moments tous plus magiques les uns que les autres. Que absolument RIEN n’a merdé. Zéro remarque à faire, même pas sur la pièce montée. Du coup rentrée =  hard core. Le truc qui te fait te demander une fois de plus ce que tu fabriques le restant de l’année dans cette routine déprimante, puante, scandalante (oui, il semblerait que tu aies aussi oublié une partie de ton vocabulaire dans l’Océan Indien). Souviens-toi surtout que, quand tu as 12 ans, le plus dur c’est de dire au revoir à tes potes. Les adieux sont déchirants même si chacun tente de garder le peu de dignité qui lui reste derrière sa peau recouverte de boutons de moustiques (NB : en juillet/août, les métropolitains sont aussi là pour servir de boucliers humains aux habitants de l’île). Le plus déboussolant étant que vous n’ayez même pas l’option de faire passer la pilule en vous disant « l’année prochaine on se refait ça ». Vous avez bientôt 30 ans, certains sont mariés, d’autres ont des enfants, bref anticiper à ce point sur les potentielles prochaines vacances d’été, c’est juste really complicated. Et puis vous savez aussi avec le recul et vos expériences passées, que ce qui a été bien une fois, ne le sera pas forcément la prochaine. Que tout peut être différent. Et qu’en un an beaucoup de choses peuvent se produire (difficile de ne pas penser au Prince Harry annulant ses fiançailles d’avec Meghan Markle pour finalement partir avec vous en lune de miel à Cape Town).

Ces vacances ont aussi été l’occasion d’un certain dépassement de soi. Pour cela, tu t’es laissée avoir par l’enthousiasme de deux sympathiques inconscientes, à une session de parapente. Le truc le plus improbable à faire pour une paniquée du vide comme toi. Tout ça pour planer au-dessus du lagon et de la barrière de corail et tenter d’apercevoir des baleines. Quelle idée. Tu as envie de pleurer durant toute la durée du trajet en bus pour rejoindre le lieu de décollage mais tu ne montres rien. Tu ris même aux blagues pourtant ratées de la monitrice qui tente de détendre l’atmosphère. L’arrivée sur le lieu du crime, base de lancement des corps qui ne se rendent pas compte du PUTAIN DE DANGER, n’est psychologiquement pas évidente. Tu sais que dans moins de 5 minutes c’est ton corps qui se balancera dans le vide. Tu te demandes pourquoi tu as soudainement envie de mettre fin à tes jours. Ton boulot n’est pas si désagréable que ça et puis tu as quand même un certain nombre d’amis sur qui compter. Non vraiment, tu te demandes pourquoi d’un coup, tu n’aurais plus envie de voir la tête de ton conseiller bancaire à la rentrée pour discuter prêts immobiliers et autres paris sur l’avenir, censés faire de toi une personne qui prend son destin en mains. Harnachement. Jambes en coton. Ne pas trembler. Regarder les autres décoller. Conseils de sécurité. Va falloir courir. Débrancher son cerveau. Puis se lancer. Sentir ses pieds quitter le sol. Et sentir tout de suite que les 20 prochaines minutes vont être 100% « la Bretagne ça vous gagne ». En l’occurrence ici ce sera 100% « L’île Intense », jolie périphrase pour désigner le 974 et son environnement à couper le souffle.

Ça plane pour moi 

Pourtant, avant d’arriver au paradis, la route est longue: 11H d’avion le cul entre deux chaises; la place du milieu dans la rangée du milieu. La place du mort. Celle où tu hésites longuement avant d’aller aux toilettes et où tu alternes à un rythme soutenu coude gauche/coude droit sur l’accoudoir pour ne pas embêter toujours la même personne. Heureusement, comme tu es « censée » dormir la moitié du vol, tu n’y penseras plus. Malheureusement, cette hypothèse se transforme très vite en impossibilité flagrante. En effet, tu as beau fermer les yeux très forts et sortir ton kit de survie, rien ne se passe. Malgré avoir garni tes oreilles de nouvelles boules Quies gonflées à bloc, t’être blottie dans la couverture bleue mise à ta disposition et avoir enfilé (discrètement, une fois que tout le monde dort du sommeil du juste) les chaussettes bleues 100% acryliques les plus sexy du monde gentiment offertes par la compagnie aérienne, rien n’y fait. Comble du ridicule, tu souffres depuis 24H d’un torticolis qui t’oblige à rester la tête tournée vers ta voisine de gauche. Elle va finir par se faire des films si ça continue. Tu tentes l’ultime recours : le masque de sommeil. Bleu lui aussi. Tu oublies rapidement l’idée émise par le personnel naviguant de craquer pour un apéritif, même si tu n’aurais pas été contre un petite vodka pour te plonger dans un coma artificiel et te faire oublier que tu ressembles à s’y méprendre à un schtroumpf sous amphet’. Certes, tu pars à l’autre bout du monde, mais tu ne disposes pas du budget déplacement de Donald Trump à la Maison Blanche. C’est pas open bar. Donc, quand les hôtesses, muées en mères Noël, passent gentiment dans les rangs avec leurs charrettes à roulettes remplies de provisions, tu te demandes s’il va falloir mettre la main au porte-monnaie. Etant donné que pour certaines compagnies, c’est limite s’il ne faut pas payer pour obtenir la deuxième aile de l’avion, tu en viens même à douter qu’un dîner puisse t’être servi. Heureusement le Saint Graal finira par arriver à 22H58. Ce n’est pas vraiment bon mais au point où tu en es, une soupe aux poireaux t’aurait ravi. Tu te dis que, d’épuisement tu vas finir par t’endormir mais ton corps te fait vite comprendre qu’il a activé le mode marathon anti-sommeil sur les dix prochaines années. Par dépit, tu finis par dire merci à l’écran devant toi qui te permet de re-visualiser la saison 1 de Suits mais en français, te privant ainsi de l’accent ultra sexy de Mister Specter. Pour cette fois, tu t’en contenteras. Finalement tout ça, c’est affaire de compromis.

Pour le vol retour, c’est grosso-modo le même tableau. Placement stratégiquement foireux, nourriture craignos (tu baves sur le burger de ta voisine, ado de 15 ans qui peut dire merci à papa et maman de lui avoir payé un supplément) et sommeil toujours introuvable. Ta valise a comme prévu, pris exemple sur toi et ajouté 3 kilos au compteur :  tu reviens avec une montre et un jean en moins, mais des ananas à foison, des vêtements Décathlon spécial rando (incluant une lampe frontale et d’autres sombres accessoires dont tu te demandes réellement comment tu vas pouvoir les réutiliser sur Paris), du sable et des fourmis croqueuses de chair en option. Plutôt soft quand, d’après les avertissements pré-départ, de ta mère  tu aurais facilement pu revenir avec une jambe en moins (requins), la moitié du visage brûlé (Piton de la Fournaise) et souffrir de douleurs articulaires ad vitam aeternam (chikungunya). Heureusement pour toi, tu aimes l’intensité mais jusqu’à un certain point.

 



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