J’ai repassé le bac

J’ai repassé le bac

J’exagère un peu. J’ai seulement passé un test pour entrer en formation…

Formation obscure de cinq mois à 9000 euros. Non, ce n’est pas une formation express qui prépare à la présidence de la République pour les nuls. C’est un peu plus exotique et moins démago. J’y suis allée plutôt décontractée genre ça va, je ne joue pas ma vie sur ce coup-là.

On est loin, très loin de l’épreuve de philo au bac coefficient 7 en filière littéraire. Celle qui m’a faite tellement transpirer que j’ai dû perdre deux litres d’eau en 4h d’épreuve. Donc à bientôt 29 ans, deux masters, un mémoire, des dizaines d’épreuves écrites et orales et autant d’entretiens (plus ou moins foireux) plus tard, tu te dis que ce n’est certainement pas un petit test de rien du tout qui va te faire flipper. Et en fait, ce qui te fait peur ce n’est pas tant le test en lui-même que le stress qui se dégage des autres. Tu étais dans un état d’esprit calme et serein ? Rassures-toi ça ne va pas durer. Pour cela, tu peux remercier vivement une personne en particulier : la quarantenaire en pleine reconversion professionnelle. Tu observes clairement dans son regard que pour les trois prochaines heures, elle est sur le point de jouer à la roulette russe. Personnellement habituée aux fails à répétition, ce n’est pas que je pars perdante mais en gros, si je me rate, ce ne sera pas la fin des mojitos (ça rime avec haricots et c’est plus vendeur). Pour elle, c’est une autre paire de manches.

Cette douce mascarade commence dans la file d’attente avant de pénétrer dans la salle. C’est le moment où tu prépares ta carte d’identité et ta convocation. Ce qui pour certaines personnes, semble déjà une épreuve en soi. Ça sent l’hésitation entre la carte de fidélité Carrefour et la lettre de rentrée de la CAF. Viens ensuite le moment de l’entrée en salle; un peu différente de celle des comédiens au théâtre, car tu sens ici que les gens ont du mal à se placer et à prendre une décision. Pour certains, le placement stratégique semble déjà valoir pour moitié de la note. Pour ma part, je me place dorénavant tout devant. Oui oui, la place du fayot, celle que j’exécrais pourtant il y a quelques années. C’est surtout histoire d’embêter personne si j’ai envie d’aller aux bathroom (la vieillesse…) et puis cela m’évite d’être déconcentrée par le candidat envahi de stress qui passerait son temps à se gratter les poils du crâne. Plus jeune, ma place préférée était celle du fond de la classe. Je pouvais observer tout ce petit monde en crise d’ado tranquillement et c’était passionnant. J’aime bien avoir une vision d’ensemble des choses. Sauf que du coup, j’étais pas vraiment en total osmose avec les paroles du professeur. Entre étudier mes congénères et avancer concrètement dans la vie, il a fallu faire un choix.

Une fois installée, viens le moment où tu commences à prendre contact avec ton environnement : les potentiels futurs copains de promo et ceux à qui il va falloir faire un croche-pied pour qu’ils ne te chopent pas ta place à l’examen d’entrée. Petit point fournitures 10 minutes avant le top départ : alors que tu n’as pris qu’un stylo de couleur noire (no typex, au pire tu rayeras. A la guerre comme à la guerre) histoire de montrer que tu es une adulte et que tu voyages léger, tu surprends ta voisine de galère avec son assortiment de couleurs, une règle, et un crayon à papier. Sait-on jamais, dès fois qu’on aurait un coloriage à réaliser (je précise qu’il ne s’agit pas d’entrer aux Beaux-Arts). Certains vont pousser le vice jusqu’à amener une trousse. Une TROUSSE les gars. Pourquoi pas un taille-crayon. Anyway.

Le moment de l’énoncé des consignes, est souvent l’occasion pour certains de faire complètement autre chose (regarder le plafond par exemple ou plus poétiquement, le vent faisant frissonner les feuilles aux couleurs passées d’un été déjà lointain. Appelez-moi Baudelaire). Alors que tout semble correctement assimilé par la classe, ce moment d’inattention entraîne inévitablement une petite voix venue d’un autre monde à demander : « on a le droit d’aller aux toilettes au bout de combien de temps s’il vous plaaaiiit ? ». Même chose au bout de 40 minutes d’examen lorsqu’un son électronique te fait sortir brutalement de ta bulle de concentration, alors qu’il a été précisé plus d’une dizaine de fois par le surveillant que les portables devaient être éteints. On remercie une fois de plus ce fameux quelqu’un, toujours présent pour venir foutre un petit stress supplémentaire. Car une sonnerie qui se déclenche, c’est : 10 secondes de « pffff c’est pas possible », 10 secondes de « bon, c’est drôle quand même » et 10 secondes de retour à la réalité. Surtout quand la sonnerie qui se déclenche rappelle étrangement la musique de l’armée rouge. Un petit tour en dictature soviétique, ça vous jette un sacré froid.

Le dernier acte de la pièce est l’occasion pour certaines personnes de se rendre intéressantes encore une fois. Prenons l’exemple de celui qui part au bout de 2h sur une épreuve de 4h. Attitude généralement considérée par l’ensemble de la classe comme un affront signifiant au reste de la plèbe : épreuve beaucoup trop simple STOP. Honte à vous STOP. On met pas 4h pour rendre une broutille pareille STOP. Même si ton angoisse à toi serait plutôt d’éviter de te prendre les pieds dans le sac à dos du voisin de devant en te levant pour rendre ta copie. Tu avais déjà ce stress au collège. Comme quoi, il y a certaines choses qui ne changent pas. Pour le meilleur et pour le pire.



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